Univers

Mots à maux

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Univers. En voilà un mot qui peut faire rêver, comme il peut faire peur. De quoi s’agit-il ? Rassurez-vous, je ne vais pas vous parler d’astrophysique, de constellations ou vous infliger une énième version de la théorie du big bang, à laquelle je ne comprends rien ou presque. Je vais vous parler de mon Univers, celui qui me porte et me transporte lorsque j’écris. Celui qui se retrouve page après page, parfois bien planqué au détour d’une virgule assez torve pour paraître insignifiante. En fait, c’est simple, je n’écris pas de jolis contes pour adultes avec des mots qui font rêver. “C’est pas ma came. C’est pas mon délire”, pourraient dire mes plus jeunes lecteurs. Mes mots sont des témoignages d’une vérité nue. D’une vérité crue. Parfois la mienne, parfois celle de notre monde dans lequel de vilaines choses existent qu’on le veuille ou non. Je crois en la littérature engagée, parfois blasphématoire, la seule qui peut faire évoluer la société dans le bon sens, sans violence et sans haine. Cela n’a rien de très original, Gustave Flaubert a même été censuré et interdit de publication en son temps. Maintenant il martyrise des générations de lycéens qui doivent l’étudier pour l’épreuve orale du baccalauréat en français. Un comble, vous ne trouvez pas ? Idem pour le Marquis de Sade, aujourd’hui sacralisé dans les oeuvres de la Pléiade. Je suis bien placé pour en parler puisque moi-même, je suis tombé sur “Madame Bovary” à l’oral du bac français, sur le passage “Emma fit sa toilette (…) société des femmes perdues” pour les plus “bovarystes” d’entre-vous.

Tout ça pour dire que mes mots sont là pour parler parfois des noirceurs de l’âme humaine, de comportements pas très glorieux ou encore de questionnements existentiels anxiogènes. Je pense par exemple que la perspective de terminer sa vie en EHPAD à quinze sur une télécommande, sanglé et torché, avec une douche une fois par semaine (dans le meilleur des cas) et de la nourriture mixée mélangée (des carottes râpées à la compote de pommes en passant par le jambon purée), ne réjouit pas grand monde. Et pourtant quand on écrit “la vie”, je veux dire “la vraie vie”, je pense qu’il faut en parler aussi. Tout comme Zola ou Hugo ont dépeint la misère ouvrière au 19ème siècle. Une époque durant laquelle, à ma connaissance, on ne se posait pas la question du feel-good. Les grands auteurs écrivaient pour dépeindre la société dans laquelle ils vivaient, pas pour s’illusionner sur une société merveilleuse dans laquelle tout finit par s’arranger, avec de la résilience à val vau-l’eau.

Etincelles

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Après le fond, la forme. Et en même temps, comme le disait Victor Hugo “La forme, c’est le fond qui remonte à la surface”. À méditer. Certes, la dramaturgie est vitale : les personnages, l’intrigue, sa cohérence, son dénouement et tout le tintouin qu’on érige en recette miracle du livre que la plupart des éditeurs attendent. Certains les attendent mais ne lisent pas les manuscrits envoyés (je peux en témoigner) : nous ne sommes plus à un paradoxe près. Je m’égare et en même temps je reste authentique, car j’écris en “flux de conscience”. Kesako ? Ça veut simplement dire que mes mots suivent ma pensée comme elle se présente : chaque étincelle qui arrive est la bienvenue. Mon écriture n’est pas préméditée, froide et glaciale, travaillée et retravaillée pendant des heures et des jours. Elle est spontanée, intimiste, viscérale, au gré des idées-étincelles qui surgissent, lorsque mes doigts dansent sur le clavier de mon ordinateur. Je me laisse écrire comme je me laisse respirer, c’est aussi simple que cela. Par ailleurs, selon mon inspiration du moment, je me laisse toute liberté pour balayer autant que faire se peut le champ lexical de notre merveilleuse langue française, avec des mots qui peuvent être soutenus, rares, courants, familiers et pourquoi pas vulgaires si la situation l’exige. La crédibilité de la narration est à ce prix : je n’écris pas de la même manière dans un dialogue entre deux adolescents et lors d’une questionnement de portée philosophique. Pour résumer, je dirai que mon écriture n’est pas plus contrôlable ou policée que des étincelles qui, une fois allumées, donnent du spectacle et de la lumière.